vendredi 27 décembre 2013

"La Mémoire du monde" - Stéphanie Janicot

Nature de l'ouvrage : roman (premier tome de la trilogie).

Synopsis : en 1360 avant J.C., en Egypte, sous le règne d’Aménophis III. Mérit est une jeune fille discrète, qui vit avec son grand-père, savant et médecin de Pharaon. Menacée un jour de mort, elle est contrainte de boire le philtre d’immortalité mis au point par son aïeul. Commence alors pour elle (et pour le lecteur) un long voyage à travers les millénaires.

Mon avis ♥♥♥ : disons le tout de go : ce livre est une merveille. On assiste, par les yeux de Mérit, à la genèse de la culture occidentale. De l’Exode des Hébreux et la naissance du peuple d’Israël, en passant par l’avènement de la philosophie chez les Grecs avant de revenir sous l’Egypte de Cléopâtre, on suit avec passion les aventures et l’évolution de cette héroïne à la fois simple et hors du commun, qui raconte avec subjectivité les événements existentiels auxquels elle est confrontée, auxquels elle contribue même parfois et tente de trouver un sens. Et on s’aperçoit, au fur et à mesure du récit, que ces questionnements sont aussi les nôtres.

Ce roman est également un bel hommage rendu aux femmes. Occultées de l’Histoire du monde, elles retrouvent dans ce récit, par l’importance que Mérit donne notamment à sa descendance féminine, une place centrale. Stéphanie Janicot montre cependant que bien (trop) souvent, les hommes ont exclu les femmes de la construction de la pensée en les éloignant de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Une femme est une mère avant tout, un adage qui n’est pas si loin de nous, pour ne pas dire encore parfois d’actualité…

Les deux autres tomes nous plongeront au cœur des Croisades puis à la Cour d’Aliénor d’Aquitaine, pour se terminer de nos jours. Une belle perspective de lecture sur la construction de notre monde et l’épanouissement de notre culture…

Stéphanie Janicot, La Mémoire du monde, Albin Michel, 2013.

vendredi 29 novembre 2013

"Danse Noire" - Nancy Huston

 
Nature de l’ouvrage : roman.
Synopsis : dans un hôpital, Milo se meurt. À ses côtés, son compagnon Paul Schwarz, réalisateur de films, désire retracer son extraordinaire destin dans un dernier scénario. Fils d’Awinata, une prostituée indienne qui l’abandonne, Milo est recueilli par Neil Kerrigan, un Irlandais contraint à l’exil. Tout au long du roman, le lecteur navigue entre trois générations et trois personnages. Et à travers leurs portraits, c’est tout le XXè siècle que l’on traverse.
Mon avis ♥ ♥ ♥ : sublime roman polyphonique. À travers les destins de Neil et Awinata, c’est l’histoire de Milo qui s’écrit, au rythme de la capoeira. L’originalité du récit de Nancy Huston est d’inclure et faire évoluer ses personnages dans l’écriture imaginée d’un film. Cela peut être déroutant au départ, mais on ne peut nier le tour de force de l’auteure, qui montre une fois de plus tout son talent.
Nancy Huston, Danse Noire, Actes Sud, 2013.

lundi 21 octobre 2013

"Les Rescapés" - Marion van Renterghem


Nature de l’ouvrage : témoignages.
 
Synopsis : Marion Van Renterghem est reporter au Monde. Elle propose dans ce recueil seize portraits de rescapés et héros des guerres et conflits mondiaux du XXè siècle.
Mon avis ♥♥: émouvant et révélateur de la nature humaine, capable du meilleur comme du pire. Les portraits présentés par Marion Van Renterghem montrent combien le courage, la solidarité, la chance et les hasards de l’existence peuvent changer un destin qui devait être tragique en victoire sur la vie.
 
Marion Van Renterghem - Les Rescapés - Philippe Rey, 2005.
 

lundi 30 septembre 2013

"Je l'aimais" - Anna Gavalda




 
Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : Adrien vient de quitter Chloé pour une autre femme. L’épouse délaissée, désespérée, ne comprend pas cette rupture et a du mal à affronter la réalité. Contre toute attente, Pierre, son beau-père, un homme qu’elle considère comme froid, taciturne et dur, l’emmène, elle et ses deux filles, dans la maison de campagne familiale. Et le soir, à la seule lueur du feu de cheminée, il se met à nu et lui raconte comment, il y a quelques années, il a follement aimé une femme mais n’a jamais eu le courage de tout quitter pour elle…
Mon avis ♥♥: un très joli roman que j’ai dévoré d’une traite. Simple, sans fioritures, l’émotion est au rendez-vous. On ne peut qu’être touché par la façon dont Pierre se livre, sans fard ni indulgence envers lui-même, et par Chloé qui boit ses paroles et panse peu à peu sa plaie béante. Le roman montre aussi que les conséquences douloureuses d'une infidélité sur l’entourage sont engendrées non seulement par l’infidélité en elle-même, mais aussi par le sens du devoir. Et si ce dernier se révélait être la pire des souffrances ?
Anna Gavalda, Je l'aimais, J'ai Lu, 2002.
 

"La Maison du bord de mer" - Anita Shreve

Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : À la fin des années 20, aux Etats-Unis. La jeune Honora vient d’épouser Sexton, un représentant de commerce. Bien que se connaissant peu, ils s’aiment et se projettent dans l’avenir : ils achètent une vieille maison au bord de la mer, qu’Honora rénove pour en faire un foyer chaleureux, et au sein de laquelle ils comptent bien fonder une famille. Mais survient le krach boursier de 1929, et avec lui son lot de difficultés, d’épreuves et de désillusions. Et si Sexton n’était pas celui qu’il paraît être ?
Mon avis : plutôt décevant, pour ne pas dire ennuyeux. L’histoire ne décolle jamais vraiment, les rebondissements ainsi que la fin de l’histoire sont assez prévisibles et les personnages ne sont pas traités en profondeur, ce qui fait que l’on ne s’y attache pas. Le style littéraire est banal, voire soporifique. Un « Danielle Steel », en un peu mieux.

Anita Shreve, La Maison du bord de mer, Pocket, 2004.

lundi 16 septembre 2013

"Alabama Song" - Gilles Leroy. La vie tumultueuse de Zelda et F. Scott Fitzgerald

Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : à la fin de la Première Guerre Mondiale, à Montgomery en Alabama, Zelda Sayre, Belle du Sud issue d’une importante famille de notables, rencontre F. Scott Fitzgerald, le futur grand écrivain, qui vient du Nord. Amoureux, ils se marient et partent vivre à New-York, où ils deviennent très célèbres, puis en Europe. Au fil du temps, leurs rapports se dégradent, dans la violence des mots et des actes, jusqu’à atteindre le point de non-retour.
Mon avis ♥♥ : coup de cœur ! Un récit de toute beauté et un superbe portrait de femme. Gilles Leroy retrace de façon romancée, et du point de vue de Zelda, la vie tumultueuse et tragique du célèbre couple. Une vie faite d’excès, de passions et de déchirements. Le destin d’une femme qui, pourtant pourvue d’un caractère fort et d’une volonté acharnée d’exister, évolue dans l’ombre perpétuelle d’un époux qui l’utilise pour son propre succès, et passe toute sa vie à se chercher, dans l’écriture, la danse ou l’amour, sans jamais se trouver. Gilles Leroy dépeint avec une grande sensibilité, par l’utilisation d’un vocabulaire à la fois brut et raffiné, les émotions de Zelda, ses espoirs, ses désillusions et ses moments, rares, de bonheur.
 
Attention cependant à ne pas prendre ce roman comme une biographie fidèle. L’auteur précise en effet dans sa note de fin d’ouvrage que, bien que très largement inspiré de faits réels, le récit reste une œuvre de fiction.
À noter qu’une pièce retraçant la vie de Zelda Sayre et F. Scott Fitzgerald, intitulée « Zelda et Scott », est actuellement jouée au théâtre La Bruyère à Paris. Avec Sara Giraudeau et Julien Boisselier.
 
Gilles Leroy, Alabama Song, Mercure de France, 2007.

mardi 10 septembre 2013

"Vous êtes trop qualifiée pour le poste - Le parcours du combattant pour retrouver un emploi" - Martine Le Gall

Nature de l’ouvrage : témoignage.

Synopsis : Martine Le Gall, cadre dans le milieu de la finance au chômage, retrace sa lutte acharnée pour retrouver un emploi. Durant près de deux ans, elle ne passe pas moins de deux cents entretiens, qui tous se révèleront un échec. Ce sont certains d’entre eux, les plus révélateurs d’un système obsolète et broyeur d’individus, qu’elle nous offre dans ce témoignage.

Mon avis ♥♥ : Edifiant. Non sans une pointe d’humour et de dérision, Martine Le Gall raconte les anecdotes jalonnant sa quête d’un emploi auprès de recruteurs manquant très (trop) souvent d’éthique. Entre sexistes et profiteurs, dons Juans à la recherche d’une aventure et consultants méprisants, elle n’épargne personne et n’oublie pas non plus de dénoncer la structure de Pôle Emploi, à ses yeux inutile.
Notons cependant que le milieu décrit par Martine Le Gall est celui de la haute finance internationale, reconnu pour son implacabilité et sa misogynie. Malgré tout, dans une moindre mesure, son témoignage est transposable à tous les environnements professionnels,  et ne fait que confirmer un état de fait on ne peut plus d’actualité : aujourd’hui, avoir un emploi est un luxe, et sa recherche un véritable parcours semé d’embûches, de déceptions mais aussi d’espoirs.
Martine Le Gall, Vous êtes trop qualifiée pour le poste, Albin Michel, 2010.

samedi 7 septembre 2013

"Le Bébé" - Marie Darrieussecq

Nature de l’ouvrage : témoignage.
 
Synopsis : Marie Darrieussecq nous conte l’arrivée et les premiers mois de vie de son premier enfant, né prématuré, ainsi que ses ressentis de mère.
Mon avis ♥♥ : malgré quelques (rares) passages gênants, voire choquants où l’auteure fait mention, par des termes crus, du lien charnel existant entre une mère et son enfant, on se retrouve, en tant que parents, et plus particulièrement en tant que maman, dans de nombreuses situations. Marie Darrieussecq livre de façon anarchique ses pensées, ses émois maternels ainsi que son analyse de la venue au monde de son bébé, qu’elle ne nomme jamais par son prénom, et les questionnements qui en découlent, du plus banal au plus fondamental : parvenir à décrypter ses sourires et ses pleurs, savoir quand il a trop froid ou trop chaud, trouver du temps pour soi, lutter contre la fatigue, batailler pour une inscription à la crèche, trouver sa place de parent, accepter l’étrangeté de l’accouchement et, surtout, tenter de définir le lien, tout nouveau et bouleversant, qui unit une mère à son nouveau-né.
Le style aléatoire des pensées de l’auteure est surprenant voire parfois déroutant au début (en même temps, c’est le premier ouvrage que je lis d’elle…) mais on se laisse assez vite emporter par le foisonnement de ses sentiments, ses expériences et ses questionnements de mère.

Marie Darrieussecq, Le Bébé, POL, 2002.

jeudi 5 septembre 2013

"La Couronne verte" - Laura Kasischke



Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : Aux Etats-Unis, de nos jours. Anne et Michelle, deux amies venant de terminer le lycée, décident, sous l’insistance de leur camarade Terri, de partir au Mexique pour les vacances rituelles de printemps. Vite lassées des fêtes étudiantes alcoolisées au bord de la piscine, les deux jeunes filles finissent par accepter la proposition d’un illustre inconnu de leur faire visiter les pyramides mayas, ignorant les recommandations de leurs proches. Cette imprudence leur coûtera cher…

Mon avis ♥♥ : une réussite de Laura Kasischke qui, une fois de plus, nous emmène là où on ne s’y attend pas. Le suspense, angoissant, s’installe crescendo puis, à son point culminant, nous déroute totalement. L’auteure nous montre aussi le portrait fataliste d’une adolescence à la fois naïve et violente, à la recherche de ses repères.
Laura Kasischke, La Couronne verte, Le Livre de Poche, 2010

mardi 3 septembre 2013

Ma PAL de la rentrée !

 
Qui dit rentrée dit bonnes résolutions ! J'ai enfin déterminé mes choix littéraires, pleins de romans alléchants à lire avant la fin de l'année 2013... Reste à savoir si je serai à la hauteur de mon ambition, la liste est quand même assez longue et mon calendrier est plutôt rempli (mon travail d'écrivain public me prend du temps, je prépare un concours...). Mais on y va ! Et si vous avez des suggestions d'ouvrages, je suis preneuse de tous les conseils. Boulimique de la lecture, on ne se refait pas ! ;-)
 
Ma PAL est visible ICI.
 
À très vite !

lundi 2 septembre 2013

Petit aparté... Quelque part dans le Sud-Ouest...

Je vous propose une jolie parenthèse avec quelques clichés pris pendant nos vacances dans le Sud-Ouest, ma région d'origine... Au-delà des paysages souvent à couper le souffle, le patrimoine n'est pas en reste... Un coin de France préservé. À très vite pour la reprise du blog, avec de nouvelles actualités, lectures et projets d'écriture !

















"L'Accompagnatrice" - Nina Berberova

Nature de l’ouvrage : roman

Synopsis : dans la Russie post-révolutionnaire, Sonetchka est une jeune fille pauvre, fade, sans réel talent sauf celui de jouer correctement au piano. Elle est un jour engagée comme accompagnatrice par une cantatrice, Maria Nikolaevna, qui est tout son contraire. Bien que très bienveillante à son égard, cette dernière devient peu à peu la cible de Sonetchka, dont le cœur est empli à la fois de fascination et de rancune. Envieuse et taciturne, elle n’aura désormais pour but que l’anéantissement de celle qu’elle considère comme sa rivale. Elle ne récoltera qu’indifférence, la repoussant une nouvelle fois dans son inexistence.
Mon avis ♥♥  : dans cette histoire d’amour et de haine, de désir et de destruction, Nina Berberova dépeint une société aristocratique russe déclinante, mais aussi le portrait d’une jeune femme issue de la classe pauvre désirant exister par l’accomplissement d’un acte désespéré. Page après page, on attend le moment fatidique où le destin de chaque personnage va basculer, ce qui fait la force du récit. À ne pas manquer, d'autant plus que le texte se lit fluidement.
 
Nina Berberova, L'Accompagnatrice, Librio, 2004.

mercredi 7 août 2013

Ma sélection lecture pour les vacances


 
Je pars en vacances dans quelques jours et impossible pour moi de ne pas emmener une pile de bouquins ! J’ai passé un long moment hier à la bibliothèque sans savoir vraiment à l’avance ce que je voulais lire, et je me suis laissée porter au cours de mes déambulations dans les rayons, tirant les livres de leurs étagères selon les titres qui m’interpellaient. Voici donc ma sélection, plutôt éclectique ;-).
Le Marin américain, un roman danois de Karsten Lund. L’histoire d’un homme sur les traces de son passé, tentant de percer le mystère de sa naissance au sein d’un village de pêcheurs perdu à la pointe du Danemark.
Jeune maman, j’ai ensuite été attirée par Le Bébé de Marie Darrieussecq. Je n’ai jamais lu de récit de cette auteure, ce sera une première, mais les quelques pages que j’ai feuilletées m’ont plu, on verra bien où cela me mènera !
Puis, plutôt fan de Laura Kasischke, j’ai opté pour La Couronne verte. Trois amies qui viennent de terminer le lycée vont passer leurs vacances au Mexique et y rencontrent un inconnu. Visiblement pour leur perte…
 
 
Et parce que j’en ai beaucoup entendu parler, j’ai choisi aussi Alabama Song de Gilles Leroy. Au début du 20è siècle, à New-York, un jeune couple dont le mari est écrivain à succès fait l’expérience de la vie mondaine, de ses joies et de ses peines.
Et pas de vacances réussies sans un polar ! Route pour l’enfer de Craig Holden m’a alléchée, l’histoire semble bien mystérieuse et prometteuse. Joe tombe en panne de voiture sur une route du Dakota et doit faire du stop. Un couple le prend dans sa voiture, et c’est le début du cauchemar…
Puis, sur un coup de tête car le titre me rappelle ma propre expérience, j’ai pris, sans même le feuilleter, Vous êtes trop qualifiée pour le poste de Martine Le Gall. Le parcours du combattant dans la recherche d’emploi.
Enfin, pour terminer, un livre de ma propre bibliothèque qu’il me trottait dans la tête de lire depuis un moment déjà : L’Accompagnatrice de Nina Berberova. Dans la Russie de l’après-révolution, Sonetchka est une jeune fille sans beauté ni réel talent sauf celui de jouer correctement au piano. Elle est employée en tant qu’accompagnatrice par une chanteuse, qui est tout son contraire. Jalouse, elle va chercher par tous les moyens à lui nuire…
Compte-rendu de toutes ces belles et aguichantes lectures à la rentrée ! Bonnes vacances à tous ceux qui le sont encore ou prévoient de l’être, et bon courage à tous ceux qui ont repris le travail :-).
 

mardi 6 août 2013

"Le Mec de la tombe d'à côté" - Katarina Mazetti






 
Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : Désirée est bibliothécaire et vit en ville dans un appartement au look moderne. Benny est agriculteur et vit à la campagne dans sa maison familiale à la décoration kitsch. Elle passe son temps le nez dans les livres ou les pieds dans les musées, lui ne jure que par ses vaches et la façon dont il va faire face à ses dettes. Rien en commun, sauf peut-être leur solitude, et pourtant, lorsqu’ils se rencontrent au cimetière où l’une va se recueillir sur la tombe de son mari et l’autre sur celle de sa mère, c’est le début d’une passion à la fois brûlante et cocasse.

Mon avis ♥♥ : très léger et plein d’humour, ce livre à deux voix pose la question de l’altérité et de ce qui unit ou désunit deux personnes amoureuses. La différence est-elle la force ou la faiblesse d’une relation ? Peut-on s’aimer lorsqu’on est radicalement opposés ? L’adage « les contraires s’attirent » prend ici tout son sens. Sympathique, on passe un bon moment, mais pas non plus mémorable.
 Katarina Mazetti - Le Mec de la tombe d'à côté - Babel, 2009.

"Madame Bovary" - Gustave Flaubert. Tentative d'analyse.

 

Madame Bovary : une idéalisation de la passion amoureuse à son paroxysme, conduisant indubitablement à la désillusion.

 
Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : Emma Rouault, fille de paysans relativement aisés, élevée au couvent, épouse Charles Bovary, un brave médecin de campagne, très amoureux d’elle, et n’aspirant qu’à une vie simple et rangée.
 
Au départ plutôt enthousiaste à l’idée de ce mariage, Emma découvre peu à peu la médiocrité, selon elle, de son mari, tant dans le domaine médical que dans la vie quotidienne. Cette vision négative et quelque peu erronée de la réalité est amplifiée par les lectures à l’eau de rose d’Emma, qui ne reconnaît en Charles aucune des qualités masculines et romanesques des héros des romans qu’elle dévore avidement.
 
Loin de l’image qu’elle se fait d’un homme et de la passion amoureuse, Charles n’en devient que plus insupportable à ses yeux. Pensant être en train de gâcher sa vie, menant une existence monotone et routinière que la naissance de sa fille ne parvient pas à enjoliver, Emma ne rêve que de bals (dont l’obsession est inspirée par son séjour au château de la Vaubyessard), de sentiments exacerbés, de passion, de luxe et d’argent.
 
Victime de ce que l’on pourrait appeler le « mythe du Prince Charmant », elle se lance dans une course effrénée au bonheur en se jetant successivement dans les bras de deux soupirants dont, croit-elle, l’image correspond au portrait de l’homme parfait. Néanmoins, tour à tour lassés et effrayés de ses discours emphatiques et ses incessantes demandes de preuves d’amour, ces derniers la laissent tomber. Désillusionnée, incapable de rentrer dans le moule des femmes de son époque, Emma se suicide en consommant de l’arsenic, laissant Charles inconsolable.
 
Mon avis  ♥♥♥ : à sa parution en 1856, le livre fait scandale. Considérée comme une atteinte aux bonnes mœurs, l’œuvre de Flaubert, ainsi que son auteur, font l’objet d’un procès. Pourquoi une telle polémique ?
 
Il faut remettre les choses dans le contexte du XIXème siècle. En effet, le livre traite de l’adultère et remet en question le statut de la femme et la vision du couple. Au XIXème siècle, la femme, celle de la bourgeoisie surtout, n’a jamais été aussi enfermée dans le monde domestique et sous contrôle masculin. Eternelle mineure, elle dépend d’abord de son père, puis de son époux. En effet, dès le début du siècle, le code napoléonien a restreint encore plus le peu de liberté que la femme détenait auparavant : elle ne possède aucuns droits civils et politiques. Elle est sous totale tutelle de l’époux pour les actes les plus banals de la vie quotidienne, comme trouver un travail ou ouvrir un compte. En 1816, le divorce, acquis de la Révolution, est interdit.
 
La moralité atteint aussi son paroxysme : l’Eglise, dont l’influence avait quelque peu diminué depuis la Révolution Française, revient sur le devant de la scène. Elle institue à nouveau la famille et la religion comme sphères fondamentales de la société. Le célibat et le couple illégitime (adultère ou concubinage), considérés comme des « unions » à but uniquement charnel, sont largement condamnés : la femme est là pour enfanter dans le mariage légal au sein duquel elle ne doit tirer aucun plaisir physique, s’occuper de la maison, de l’éducation des enfants et des œuvres de charité. Là s’arrête son rôle.
 
Or, Madame Bovary remet en cause ce système. Tout d’abord, il traite en majeure partie de l’adultère, acte ô combien réprimé par la loi et la société, et par conséquent remet en question l’institution du mariage. Mais surtout, il est l’image d’une femme qui, incapable de se limiter à la sphère domestique et familiale et d’entrer dans ce moule rigoureux qu’est la morale bourgeoise, étouffe et s’ennuie, et tente de chercher un peu de piment à son existence. Cette recherche effrénée du bonheur ne peut conduire qu’à sa perte puisque ses amants, hommes du XIXème siècle conscients de la pression sociale exercée sur eux, l’abandonnent, mais aussi parce qu’une fois la sphère publique au courant de l’adultère d’une femme respectable, celle-ci est, indubitablement, socialement perdue et stigmatisée.
 
Madame Bovary, Emma ou la volonté de combattre les préjugés sociaux et de revendiquer sa part d’individualité. A lire ou relire, ce n’est absolument pas démodé !


samedi 3 août 2013

"De la tablette à la tablette - Une Histoire de la lecture"



Dossier de Linternaute.com

« Comment lisait-on il y a 2 000 ans ? Pourquoi l'écran constitue-t-il  une révolution ?
Le papier va-t-il disparaître ? 

Le livre et la lecture ont pris de très nombreuses formes à travers l'histoire. Les supports se sont modifiés, les mœurs, les goûts et les pratiques également.

On ne lit pas de la même façon et pour les mêmes raisons à l'Antiquité, au Moyen-Age et à notre époque.


Voici 4 500 ans d'histoire de la lecture en 15 évolutions majeures ».

Pour lire le dossier, cliquez ici.

 

mardi 30 juillet 2013

"La Couleur des sentiments" - Kathryn Stockett


Nature de l’ouvrage : roman.

Synopsis : années 60, dans la ville de Jackson, Mississipi. Aibileen et Minny sont deux afro-américaines travaillant comme domestiques au sein de familles blanches aisées qui les méprisent. Eugenia est une jeune femme issue de cette bourgeoisie de la ville, élevée dans l’amour par l’une de ces « bonnes » et tentant de découvrir pourquoi celle-ci a été renvoyée par ses parents. Les trois femmes, malgré le contexte pesant de la ségrégation raciale et de ses dangers, unissent leurs destinées et entreprennent la rédaction de témoignages décrivant le quotidien souvent difficile de ces employées de maison noires, avec l’espoir de changer les choses.

Mon avis ♥♥♥ : ce livre est un véritable bijou à ne pas manquer. Bouleversant, émouvant et aussi plein d’humour, il décrit avec force et simplicité la ségrégation raciale dans la vie de tous les jours et les moyens pour la contrer, loin des manifestations et revendications politiques de grande ampleur. Il brosse aussi avec justesse une société bourgeoise où la femme blanche, confinée dans son espace domestique, tente de combler son temps par des actions aussi hypocrites que futiles.
 
Kathryn Stockett, La Couleur des sentiments, Editions Jacqueline Chambon, 2010.

 
 

dimanche 21 juillet 2013

"La Controverse de Valladolid" - Jean-Claude Carrière

Nature de l’ouvrage : roman.
Synopsis : dans un monastère espagnol, en 1550, soit près de soixante ans après la découverte de l’Amérique, deux religieux s’affrontent pour décider de la nature des Indiens. Sont-ils humains et ont-ils une âme ? Ginès de Sépulvéda, théologien rompu à l’art de la rhétorique  mais n’ayant jamais mis les pieds au Nouveau Monde, affirme que ses habitants, inférieurs, doivent se soumettre à l’esclavage et se convertir, même par la force. Face à lui, Bartolomé de Las Casas, homme de terrain pacifique ayant cohabité avec les Indiens, soutient que ces derniers sont des hommes comme les autres et que, bien qu’ils doivent être en effet convertis, méritent le respect dû à la nature humaine. Que va décider le légat envoyé par le pape, auditeur de ce débat ?
Mon avis : excellent roman largement inspiré de faits réels, puisque la « dispute » entre Las Casas et Sépulvéda a vraiment existé, bien que principalement par échanges épistolaires. Cet ouvrage a le grand mérite de soulever la question de l’altérité dans un contexte de choc culturel entre deux civilisations et des dérives qui en découlent : violences, exactions, esclavage, aux noms de la Chrétienté et de la colonisation.
Jean-Claude CARRIERE, La Controverse de Valladolid, Pocket, 1992.

 

mercredi 17 juillet 2013

lundi 15 juillet 2013

"Née d'amours interdites" - Josiane Kruger

Nature de l’ouvrage : autobiographie.

Synopsis : née en 1943, sous l’Occupation, Josiane Kruger est le fruit des amours d’une jeune française de la Somme et d’un soldat allemand de la Wehrmacht. Elle raconte comment, comme pour la plupart des 200. 000 enfants nés de ces unions jugées honteuses par la société d’après-guerre, sa jeunesse fut celle des non-dits et des rejets, et sa vie adulte un long parcours chaotique et solitaire vers le bonheur.
Mon avis : un témoignage émouvant sur un sujet resté longtemps tabou. L’auteure parle au final peu de la relation amoureuse de ses parents en elle-même et se penche surtout sur sa vie et les conséquences, souvent tristes mais toujours empreintes d’espoir, frappant ces enfants nés de ces amours illégitimes. A lire pour ne pas que cette page de notre histoire tombe dans l’oubli.
Josiane Kruger, Née d'Amours interdites, Succès du Livre, 2008.

 

mardi 18 juin 2013

La Marche de l'Histoire sur France Inter - "L'Histoire des dictionnaires"


« S’il fallait mesurer l’âge des dictionnaires, on dirait que le mot apparaît en français aux XVIe-XVIIe siècles et qu’il n’a pas fini de se déployer.
D’abord, disait René Char, il y a toujours des mots nouveaux qui s’apprêtent à surgir et qui savent de nous ce que nous ignorons d’eux.
De leur côté, des centaines de dictionnaires ne demandent que de voir le jour. Qui plus est, à leur forme imprimée, ils peuvent ajouter aujourd’hui la forme électronique…
Pour exister, il ne leur est demandé que de justifier d’un projet, même si celui-ci tient de l’illusion. Pour nos langues en mouvement, nous aurons toujours besoin d’observatoires, dès lors qu’ils offrent un vrai point de vue. »
Pour écouter l'émission, cliquez ici.

jeudi 13 juin 2013

Pourquoi faire appel à un écrivain public ?


Les raisons sont diverses mais avant de les analyser et afin d’y voir plus clair, expliquons tout d’abord ce qu’est un écrivain public.
Un vieux métier
Très ancienne, la profession d’écrivain public trouve ses racines dans l’Antiquité. La fonction de scribe est très répandue dans les civilisations égyptienne et du Proche-Orient. Fonctionnaire lettré et cultivé de Pharaon, le scribe a pour mission de consigner par écrit les actes administratifs et les comptes de l’Etat. Au Proche-Orient, il travaille au sein des temples et des palais, où il gère là encore la comptabilité et l’administration (impôts, enrôlement dans l’armée, approvisionnement…), mais on peut aussi en trouver au service de riches marchands influents.
 
Au Moyen-âge et jusqu’à la fin du 19è siècle, le scribe, devenu « écrivain public », joue un rôle important : dans une société à très grande majorité analphabète, on fait appel à lui aussi bien pour les requêtes judiciaires et administratives que pour la rédaction de poèmes ou d’hommages. Talentueux, il n’en reste pas moins qu’il est très mal rémunéré et que son statut est précaire. Il est l’homme de l’ombre.
 
Presque disparue avec l’instruction publique, laïque et obligatoire, la profession d’écrivain public connaît un vide intersidéral tout au long du 20è siècle, avant de rebondir au début des années 2000. En effet, dans notre société d’hyper-communication, l’écrit est omniprésent : Internet, e-mails, SMS, sans oublier le papier, toujours aussi important, notamment pour les formalités administratives où il est même obligatoire (voir mon article à ce sujet). Plus que jamais, donc, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, notre civilisation est une civilisation de l’écriture. Dans ce contexte, il paraît par conséquent logique que le métier d’écrivain public réapparaisse en force.
 
Il a dû néanmoins se redéfinir. En effet, il ne s’adresse plus seulement aux personnes illettrées mais à toute la société : retraités, étudiants, chômeurs, entreprises, associations, collectivités… Ces différentes sphères sociétales ont toutes un même objectif : donner une image valorisante de soi ou de sa structure, à travers un écrit (qui peut varier à l’infini) de qualité. Et c’est parce qu’il n’est pas toujours simple, pour différentes raisons que nous allons voir, de fournir soi-même un document objectif, répondant aux normes, avec le vocabulaire adéquat ou sans fautes d’orthographe, que le recours à un écrivain public, « celui qui écrit pour les autres », peut être une solution à envisager.
 
Les raisons de faire appel à un écrivain public
Comme dit précédemment, il n’existe, chez les demandeurs, pas de « profil-type » : tout le monde peut, un jour, avoir besoin des services d’un prestataire en écriture. Les causes en sont, effectivement, très diverses :
 
Ø  Le manque de temps ;
Ø  Des lacunes en orthographe, en grammaire ou en syntaxe ;
Ø  Peu de compétences rédactionnelles ;
Ø  La personne maîtrise l’écrit mais elle est confrontée à un problème inhabituel, un obstacle ;
Ø  L’absence d’outil (ordinateur…) ;
Ø  La non-maîtrise de l’outil (logiciels informatiques…) ;
Ø  Le manque d’objectivité.
À cela s’ajoutent d’autres motifs, intimement liés à l’émotionnel :
Ø  Besoin de transmission intergénérationnelle (biographies…) ;
Ø  Besoin identitaire (histoire locale, associative ou d’entreprise…) ;
Ø  Besoin thérapeutique (témoignages sur un parcours douloureux…).
Le rôle de l’écrivain public est donc de travailler sur la mise en forme d’idées, de concepts, de ressentis, d’expériences et de tranches de vie, tout en restant fidèle à ce que souhaite exprimer la personne face à lui. Pour cela, il doit posséder des qualités essentielles à la réalisation de cette tâche :
Ø  Compétences rédactionnelles pointues ;
Ø  Capacité d’écoute, d’empathie et d’adaptation ;
Ø  Capacité d’analyse et de synthèse.
Et ne jamais oublier que le travail  à accomplir est un travail à réaliser en collaboration avec le demandeur, afin de toucher au plus près et au plus juste de ce que ce dernier souhaite exprimer…
 Les différents types d’écrits
Avec l’émergence des nouvelles technologies, le métier d’écrivain public peut regrouper une large palette de prestations et, donc, de compétences. Si certains se limitent, très justement, à la rédaction de biographies ou de courriers divers, d’autres proposent également des services de création de documents (dépliants, affiches, tracts…), de transcriptions d’enregistrements audio, de rédaction de pages web et de correction de travaux (thèses, mémoires, rapports de stage…).

Au vu de cette diversité et de l’augmentation de la demande, on peut sans conteste reprendre le titre de l’ouvrage de Geneviève Madou, Ecrivain public : un vieux métier d’avenir (éditions du Puits Fleuri, 1999) et affirmer qu’en effet, le futur est très prometteur…